intergouvernementale, symbolisée par « la scène d'amour à la plage à Deauville » du couple franco-allemand. Il voit avec inquiétude que la Commission européenne est peu à peu transformée en sous-traitant technique. Pour lui la crise actuelle, alors que l'UE est moins endettée que les USA ou le Japon, est d'abord « une crise de confiance en nous-mêmes et de solidarité ». Jérôme Clément constate que l'UE est gérée « comme un syndicat de copropriété: l'appartement grec est en mauvais état et tout le monde ne veut pas payer les réparations ». La crise actuelle est-elle une crise européenne ou une crise plus profonde du capitalisme triomphant? Pour lui il faut avant tout comprendre la façon de penser des autres, le chemin qu'ils ont parcouru pour en être là où ils en sont. Il n'est pas indifférent que le Traité de Rome ait été écrit par Pierre Uri, qui était juif, et par un Allemand qui avait été fonctionnaire de la République de Weimar puis du IIIe Reich sans être nazi. « Aujourd'hui les dirigeants européens ne sont pas à cette hauteur. L'opinion doit se montrer solidaire si elle veut que les dirigeants bougent, et réciproquement les dirigeants doivent expliquer à l'opinion ce qu'ils font et les décisions qu'ils prennent». Table ronde avec députés européens et journalistes. Bernard Guetta rappelle que le pari de Jean Monnet était que « de l'économie commune naîtrait la politique commune »; ce pari a été renouvelé avec l'euro. Sera-t-il gagné? L'UE est peut-être « too big to fail » (trop grosse pour qu'on la laisse s’effondrer), mais l'irrationalité peut triompher ... Il voit la seule solution dans « avancer vers le fédéralisme (qui depuis peu n'est plus un gros mot) avec ceux qui veulent aller plus vite et plus loin. Alberto Toscano dit sa tristesse en lisant certains articles ou en voyant certains dessins, comme celui d'un rapace italien se servant dans les poches d'un Allemand. L'Europe recule si elle ne va pas de l'avant. L'euro a été voulu par François Mitterrand pour ancrer l'Allemagne à la politique européenne commune, aujourd'hui certains évoquent la sortie ou même la disparition de l'euro: il suffit d'imaginer la crise sans l'euro pour voir que toutes les solutions alternatives à l'euro sont bien pires qu'avec l'euro. L'Allemagne ne doit pas oublier que plus de 50 % de ses exportations sont vers la zone €. Si la Grèce n'avait plus l'euro comme monnaie sa dette serait en drachmes à faible valeur et serait donc considérablement alourdie: le remède serait pire que le mal. Jean-Paul Gauzès estime que la crise est avant tout une crise de la décision politique: l'absence de leader européen laisse la place à du populisme, à des égoïsmes nationaux. Les délais de décision et de mise en application des directives européennes sont très longs, alors que les marchés financiers agissent en quelques secondes. A la question « Faut-il aujourd'hui un saut politique important? », Estelle Grelier répond que malheureusement l'UE n'est pas « incarnée » par des dirigeants capables d'expliquer la situation aux citoyens: « Herman Van Rompuy et Catherine Ashton ne doivent surtout pas faire d'ombre aux dirigeants nationaux »: il faudrait un gros travail d'explication au moment où les citoyens ont le plus besoin de l'UE et de l'€! Concernant l'attitude de l'Allemagne les opinions ne convergent pas tout à fait: Bernard Guetta a l'impression que malgré les apparences de dicter sa conduite à l'Europe, l'Allemagne finit par admettre les thèses de la France, alors que pour Alberto Toscano l'Allemagne, qui est celle qui a le plus bénéficié de la paix et de la prospérité en Europe, s'est un peu isolée et manque de vision à long terme: « Helmut Kohl lui-même trouve qu'Angela Merkel est court-termiste »; l'Allemagne a une crainte viscérale de l'inflation, dont elle a tant souffert entre les deux guerres mondiales, et sa politique pour l'€ est dictée par cette crainte: par exemple les Allemands ont une influence prépondérante à la BCE, qui a augmenté ses taux alors que les USA les baissaient. Jean-Paul Gauzès se réjouit que très récemment José-Manuel Barroso ait « osé » dire que la méthode communautaire était légitime et efficace et que la Commission européenne était le gouvernement de l'UE. Il pense que les hommes comptent beaucoup : « La poignée de main Kohl-Mitterrand a fait plus que beaucoup de textes » et souhaite qu'on fusionne les fonctions de président de la Commission et président du Conseil européen. « En attendant, le Parlement européen est le gardien des textes européens et la Commission est fadasse ». Tous sont d'accord pour dire que le Royaume-Uni est très influent sur les questions de budget européen (Estelle Grelier regrette que ce budget ne soit pas plus dirigé vers les questions d'emploi) et savent cibler efficacement les postes importants ou bloquants. Estelle Grelier pense qu'il « faudra que la France renvoie l'ascenseur de l'alliance avec le Royaume-Uni en Libye ». A une question sur le développement de ressources propres pour le budget de l'UE et notamment une taxe sur les transactions financières, Estelle Grelier se réjouit que cette perspective fasse sortir du débat « contributeurs - receveurs » mais constate que pour éviter d'agresser la City de Londres Barroso prévoit d'exclure les transactions sur les changes.