Dernière question: quelle pourrait être la nouvelle frontière de l'Europe qui puisse faire revenir un rêve européen? Alberto Toscano constate qu'on ne parle pas de l'immigration: « On a fait une guerre ensemble et on n'arrive pas à résoudre la question de l'immigration de cette zone (= la Libye et plus largement le Maghreb)». Bernard Guetta, lui, voit comme objectif une véritable démocratie européenne: « les participants au Conseil européens sont élus chacun démocratiquement, mais leurs compromis sont obscurs. Il n'y a pas besoin de nouveaux Traités, il y a besoin de force politique. Il faut que les grands partis européens (PPE, PSE) proposent chacun un programme européen et des dirigeants exécutifs (notamment le président de la Commission) pour les appliquer: les citoyens pourront alors se reconnaître dans ce débat ». L'atmosphère de cette table ronde a été la franchise des opinions avec un grand respect mutuel entre les participants: en particulier les deux députés européens ont affirmé que leur travail au Parlement européen les amenait souvent à collaborer, au-delà de ce qui les oppose dans leurs options politiques.
Conclusion et clôture par Catherine Lalumière.
Catherine Lalumière, présidente de la FFME, a dit sa satisfaction après cette rencontre de travail en commun entre les Maisons de l'Europe, la première depuis la création de la FFME en 1961. Elle a remercié les intervenants extérieurs, la Maison de l'Europe de Caen, le Comité directeur de la FFME, le Mémorial et le Conseil régional pour leur accueil, ainsi qu'Ouest-France, la Fondation Hippocrène et Jean Leonetti pour leur soutien. « Les échanges ont été denses, même si on n'a pas épuisé tous les sujets. Il y a eu une forte présence. Ce type de rencontres améliore la visibilité des Maisons de l'Europe, ce qui est un des buts de la FFME. Faut-il la prévoir tous les ans, tous les 2 ans? Les ateliers ont fait ressortir l'importance du travail en réseaux, national et interrégionaux, et de la question des ressources financières: les collectivités n'ont pas conscience de notre rôle, qui est de former des citoyens en leur donnant la connaissance de l'Europe. On peut se réjouir de quelques progrès de la politique de l'UE, l'Europe n'est pas paralysée: • la création et le renforcement du FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) • la mise au point d'une réglementation financière, grâce à l'action de Michel Barnier • l'apparition d'une volonté de gouvernance économique. Attention à ne pas « dévitaliser » le projet européen, qui repose sur la solidarité et la générosité: • même si ses responsables sont souvent difficiles à comprendre, le peuple grec mérite notre soutien • vouloir baisser dramatiquement le PEAD, en pleine crise avec 20 millions de pauvres en Europe, renforce l'image trop répandue d'une Europe de technocrates sans cœur. Il faut revenir aux valeurs de : partage – coopération – vivre ensemble – humanisme social, qui sont la base du modèle européen. A nous de contribuer à mettre en valeur cet héritage. »
L'Europe dans la tourmente économique et financière
Impossible de parler d'Europe sans évoquer la bourrasque financière qui balaie l'Union européenne depuis de longs mois et vient d'emporter deux premiers ministres, à quelques jours d'intervalle, en Grèce et en Italie. On parle beaucoup de « crise de l'euro », certains parlent de rétablir des formes de protectionnisme aux frontières (européennes ou nationales) ou de revenir aux anciennes monnaies nationales: à Caen un député européen a dit avoir entendu « si on revient au franc on retrouvera les prix d'avant l'euro » ... De quoi s'agit-il? On a créé la monnaie commune, symbole très fort de l'Union européenne, mais les pays qui partagent cette monnaie n'ont pas de politique économique commune autre que les « lignes jaunes » du Pacte de stabilité financière dont les éléments principaux sont: déficit public à moins de 3 % du PIB, dette publique à moins de 60 % du PIB. Or ces lignes jaunes, déjà franchies plusieurs fois (y compris par l'Allemagne et la France en 2003), ont volé en éclats avec la crise financière et économique de 2008 et les plans de relance de l'économie qui ont été appliqués pour contrer ses effets: les Etats (et pas seulement, bien sûr, ceux de la zone euro!) ont dû emprunter pour soutenir leurs industries et leurs banques et permettre que la consommation se maintienne. Cela a pesé sur leurs finances publiques.