Les plus atteints ont été ceux qui étaient déjà en situation fragile, comme la Grèce ou le Portugal, ou ceux dont l'activité économique dépendait à l'excès de secteurs sensibles à la récession, comme l'Espagne avec l'immobilier ou l'Irlande avec la finance internationale. Le rôle des agences de notation, si décriées – il est vrai qu’elles se sont parfois trompées, comme avec les subprimes -, est de situer sur une échelle de valeurs la capacité d'emprunteurs (Etats, collectivités territoriales, entreprises) de rembourser leurs dettes. Certes, on peut trouver anormal qu'elles soient rémunérées par les emprunteurs et non par les prêteurs, mais il faut reconnaître que c'est beaucoup plus simple à organiser: l'emprunteur est unique alors que les prêteurs sont multiples et qu'on ne les connaît qu'au moment où ils manifestent de l'intérêt pour prêter! L'adage « On ne prête qu'aux riches » est universel, et se traduit par : on prête à de bonnes conditions (longue durée, taux d'intérêt modéré) à ceux dont on est quasi-certain qu'ils pourront rembourser, pour les autres les investisseurs veulent bien leur prêter mais sur des durées plus courtes et à des taux d'intérêt beaucoup plus élevés (c'est une sorte de prime de risque). Cela n'améliore évidemment pas leur situation! Le poids du remboursement de la dette devient insupportable, c'est la spirale du surendettement.
Comment faire face à cette situation?
Il faut trouver de nouvelles sources de prêts pour financer les échéances de remboursement, à des conditions plus douces: c'est la raison de la création du Fonds Européen de Stabilité Financière en mai 2010, ou ce serait aussi le rôle des « eurobonds », emprunts souscrits en € au nom d'un organisme commun aux pays de la zone euro et bénéficiant donc de meilleures conditions de prêt que les Etats les moins bien notés (l'Allemagne s'oppose à cette méthode). Les prêteurs peuvent aussi accepter de « rééchelonner » la dette : allongement de la durée de remboursement, éventuellement abaissement du taux d’intérêt, pour diminuer le montant des échéances. Un autre moyen, complémentaire, est que ceux qui attendent des remboursements acceptent de renoncer à une partie de ces remboursements: mieux vaut peut-être se voir rembourser une fraction de ses créances que de ne jamais en voir la couleur, de toute façon les marchés financiers ont déjà établi la valeur de cette fraction, par la valeur de revente des titres sur le marché « secondaire », c'est-à-dire le marché des titres après leur émission. Autres méthodes encore: un apport de garantie à un emprunteur mal noté, par une structure mieux notée (exactement comme lorsque des parents se portent caution pour qu'un de leurs enfants, étudiant, puisse louer un appartement), ou le rachat de créances sur le marché par une structure solide (comme la Banque Centrale Européenne) pour créer un meilleur équilibre entre vendeurs et acheteurs de ces créances. On voit que les outils sont multiples, et presque tous ont été employés pour les plans d'aide à l'Etat grec pour qu'il puisse faire face à ses échéances de remboursement. Ces outils constituent la « restructuration » d’une dette. Evidemment, ceux qui apportent leur soutien sous forme de prêts à des conditions favorables à un Etat en difficulté exigent que cet Etat fasse des efforts pour améliorer durablement sa situation. Et pour cela, comme pour un particulier, il n'y a pas de recette miraculeuse: il faut que l'Etat diminue ses dépenses (la Grèce a notamment une part très importante de son budget consacrée à la défense, compte tenu des conflits qu'elle a eus avec son voisin turc en 1922 et en 1974) et en même temps accroisse ses recettes: impôts et taxes supplémentaires, meilleure perception des impôts et taxes existants par des suppressions d'exonérations. Cela est aussi prévu dans les plans d'aide à la Grèce, et c'est dans ce domaine que l'Etat grec a le plus de difficultés à remplir ses engagements: il semble qu'échapper à l'impôt soit pour les Grecs une pratique courante, presque une norme. Les exonérations sont très larges: c'est le cas de l'Eglise orthodoxe grecque, des armateurs ... Souhaitons que le successeur de Georges Papandréou au poste de Premier ministre, Lukas Papademos, puisse rencontrer le succès dans les efforts nécessaires pour que l'Etat grec retrouve la confiance des prêteurs et par conséquent des capacités d'emprunt, et puisse ainsi continuer à faire partie de la zone euro sans avoir l'impression de n'y être que toléré. Pourrait-il sortir de la zone euro? Paradoxalement, aucun processus de sortie de la zone euro n'est prévu, alors que depuis le Traité de Lisbonne (c'est donc très récent) il est possible de sortir de l'Union européenne. Nous espérons que ce qui précède, par son approche très modeste, vous aidera à mieux décrypter les informations données par les médias, à grand coups de termes spécialisés supposés connus de tous...
Le glossaire ci-après, qui vient du quotidien la Croix, y contribuera peut-être aussi.