Depuis la mise en application du « Traité de Lisbonne » le 1er décembre 2009, les français n’entendent plus beaucoup parler de l’Union Européenne et pourtant les structures se mettent en place.
Avant de développer plus avant les avancées enregistrées, il est nécessaire d’aborder l’ambiguïté des Présidences Européennes. Monsieur Van Rompuy est élu Président du Conseil Européen, celui qui réunit les 27 chefs d’états ou de gouvernement, pour une période de 2 ans et demi renouvelable une fois. Le Conseil Européen a pour mission d’impulser et de fédérer des projets et des politiques. La Présidence du Conseil de l’Union Européenne qui est un peu comparable à un gouvernement reste une Présidence tournante. Cette Présidence est assurée depuis le 1er janvier et jusqu’au 30 juin 2010 par l’Espagne. La Belgique prendra la suite, avant que le Hongrie n’assume cette Présidence à partir du 1er janvier 2011.
Pourquoi ces présidences tournantes restent-elles en place ? Parce qu’il ya plusieurs avantages à ce mode de fonctionnement. D’abord, si les méthodes et les objectifs restent semblables entre les Etats qui se succèdent, les styles d’intervention varient un peu avec les pays concernés. La continuité est assurée par une coopération entre la présidence du moment et celles qui suivront immédiatement (c’est la troïka glissante) et enfin c’est pour le pays qui assure la présidence une occasion exceptionnelle de sensibiliser sa propre population.
Les Espagnols sont ainsi plus sensibles et mieux informés actuellement des événements européens qu’en temps « ordinaire ». Souvenons-nous du 2ème semestre 2008, période de la dernière présidence française, et de son influence sur les médias.
La FFME a organisé fin mars une journée de formation pour les Maisons de l’Europe (ou plus exactement une journée d’information pour personnes déjà « dans le bain européen ») et à cette occasion nous avons entendu l’ambassadeur d’Espagne en France. C’était le 26 mars, cette date était importante puisque la veille, les chefs d’états ou de gouvernements venaient de parvenir à un accord définissant les moyens de sortir la Grèce de la crise du budget et du refinancement de la dette qu’elle traverse. Cette crise concerne plus que la Grèce elle-même car elle avait provoqué un début de chute de l’euro. Les risques menacent également le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et la France pour les mêmes causes.
L’Union Européenne a été mise en cause sévèrement pour l’absence de ses nouveaux dirigeants, notamment Catherine Ashton à l’occasion du désastre haïtien. Et pourtant l’Union européenne et ses 27 Etats membres sont ensemble le plus gros contributeur mondial à l’aide humanitaire. Et le principal n’est-il pas que les secours soient arrivés très vite et aient été efficaces? La raison indiquée par Catherine Ashton était que les services diplomatiques de l’UE prévus par le Traité de Lisbonne n’étaient pas encore en place: Lady Ashton, vice-présidente de la Commission européenne, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères ne disposait alors d’aucune logistique. Il est prévu que ces services comportent au total environ 5 000 personnes, venant en très grande majorité de changements d’affectation de personnels de services existants.
Par contre, pour Monsieur Van Rompuy, la mise en place de son équipe ne posait pas de problème car les structures du Conseil européen existaient déjà et la prise des fonctions a été immédiate. D’après l’Ambassadeur d’Espagne, si M. Van Rompuy est discret il n’en est pas moins efficace et tenace et le pronostic est qu’il imprimera sa marque sur la nouvelle fonction de « président stable du Conseil européen » comme on dit à Bruxelles. Souhaitons qu’il en soit de même pour Lady Ashton.
Pour terminer revenons sur la présidence espagnole dont l’Ambassadeur nous a précisé les priorités. - Accompagner l’application du Traité de Lisbonne et mettre en place les processus de co-décision entre Conseil de l’UE (les ministres) et le Parlement européen. - Lancer une stratégie favorable au redressement de l’économie, aux politiques sociales et à l’environnement: c’est la « Stratégie 2020 » actuellement en préparation. La lutte contre la pauvreté et l’exclusion est une des cinq priorités de cette stratégie. - Renforcer l’influence de l’UE sur le plan international en préparant des sommets bilatéraux avec la Russie, le Canada et le Mexique. - Contribuer à l’adhésion de l’UE à la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe: chacun des 27 Etats membres a adhéré, mais jusqu’au Traité de Lisbonne l’Union européenne ne disposait pas de la personnalité juridique et ne pouvait donc pas y adhérer. - Et enfin cette présidence espagnole est bien sûr très impliquée dans la résolution de la crise financière grecque.
Cette journée a été d’autant plus passionnante qu’elle s’est poursuivie l’après-midi par une conférence sur les crises financières, donnée par un expert en économie qui s’est attaché à en démonter les mécanismes. C’est un autre sujet qui mérite une autre approche, et un article de cette lettre lui est consacré !
Jean-Pierre BOULAY Président de la Maison de l’Europe