dans le conflit suivant : la mise en œuvre de moyens nouveaux et effroyables, et surtout la perte de la notion de respect de la vie humaine. 39-45 a été le premier conflit où le nombre des victimes civiles a dépassé celui des victimes militaires. Toute notre histoire contemporaine était écrite à ce moment-là : la révolution russe, la fin des empires, les génocides, l’industrialisation, l’émancipation des femmes, l’émergence des pays arabes, les grandes doctrines économiques. En 1945, apparaissent de grandes figures politiques (Eisenhower, de Gaulle, Churchill) qui veulent s’unir pour survivre. Mais ils sont face à de nombreux défis : il faut réconcilier les peuples, restaurer l’économie, affronter la guerre froide dans un monde devenu bipolaire. Les Russes sont passés d’allié à adversaire. Ce sont pourtant les forces soviétiques qui ont permis de gagner la guerre contre Hitler et les Russes en ont payé le prix fort, c’est sur leur sol qu’ont été menés les combats les plus meurtriers et ceux qui ont marqué le tournant de la guerre (les batailles de Stalingrad et de Koursk). Les nazis ont conduit contre les combattants de l’est une guerre absolue qui s’est soldée par près de 25 millions de morts soviétiques. Oradour-sur-Glane est à nos yeux le summum de la barbarie mais il y a eu plus de 600 massacres de ce type en Lettonie, en Pologne, en Ukraine. Pour bâtir cette nouvelle idée d’Europe, les dirigeants peuvent s’appuyer sur 3 piliers : le continent, une histoire commune et la volonté de bâtir la paix. - Le continent est la notion de base, une entité géographique clairement définie. - L’histoire commune du continent européen est moins évidente. Les peuples et les pays de cette partie du monde ont toujours été en guerre les uns contre les autres. Notre héritage est multiple, composé de nombreuses confrontations nationales, les différents pays ont subi de fortes mutations au cours des siècles. On ne trouve pas ou peu de fondations communes. Il est donc difficile d’écrire une histoire européenne commune. - Au sortir de ces guerres, la soif de paix s’impose alors pour construire un espace commun de prospérité, de tranquillité. C’est ainsi que débute la construction européenne. Aujourd’hui, en 2011, on a oublié les guerres contre nos voisins, que ce soit les Allemands ou plus loin dans l’histoire, les Anglais, les Espagnols, les Autrichiens, les Italiens. Et cet oubli affaiblit l’Europe. Les martyrs des champs de bataille ont une fonction de mémoire, ce sont nos racines. On a oublié l’Histoire et l’Europe n’est maintenant qu’un simple espace économique. L’Histoire est l’essence de notre civilisation, mais chaque pays a une lecture différente des évènements du passé, en particulier de la seconde guerre mondiale. L’Histoire est enseignée selon la vision de chaque pays. En France par exemple : on rappelle la place de la résistance dans notre pays mais pas le rôle déterminant des résistants grecs dans la chute du nazisme. De même, le début officiel de la seconde guerre mondiale est en 1939 alors que la guerre d’Espagne en 1936 marque en réalité le début du nouveau conflit international. Pour construire le futur, il faut connaître le passé et pour cela bâtir la citoyenneté européenne sur les échanges, principalement encourager la mobilité des jeunes avec les programmes Comenius et Erasmus. Le socle de notre histoire commune n’est pas encore né. Afin de mettre en perspective la construction européenne, il faut dire l’Histoire pour donner les clés d’interprétation de notre époque. L’Histoire doit donner une vision cohérente du monde pour permettre de développer un sentiment d’appartenance à une communauté et à des valeurs. Si beaucoup de chemin reste donc à parcourir, la construction européenne représente une valeur aux yeux du monde comme l’affirmait l’ancien président brésilien Lula lors de sa réception comme docteur honoris causa à Sciences-Po le 27 septembre : " L'Union européenne est un patrimoine de l'humanité, elle n'appartient plus aux seuls Européens ». « Le projet européen dans la tourmente », avec Enrique Baron Crespo, ancien président du Parlement européen et Jérôme Clément, président de la chaîne de télévision franco-allemande ARTE. Deux personnalités différentes, qui montrent une grande estime mutuelle: Enrique Baron Crespo, par les fonctions qu'il a eues, est plus axé sur le fonctionnement des institutions européennes, alors que Jérôme Clément est plus sensible aux questions humaines. Enrique Baron Crespo estime que l'Europe paie le prix du rejet du Traité constitutionnel en 2005 et de la contradiction entre une monnaie commune et l'absence d'une politique commune. Il constate et regrette que la méthode communautaire (qui est le jeu normal des institutions européennes) cède le pas à la méthode